Injure envers les harkis à l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet en première ligne
A la présidence de l'Assemblée nationale, quand Yaël Braun-Pivet entend montrer qu'elle ne badine pas avec le règlement, elle ne fait pas semblant.

Après le geste du député Sébastien Delogu (La France insoumise) qui a brandi un drapeau palestinien dans l'hémicycle, la présidente de l'Assemblée Nationale a parlé de « grave incident », suspendu la séance, invoqué le règlement et infligé la sanction la plus lourde : quinze jours d'exclusion et deux mois de retenue d'indemnité.
Lorsque Rachel Kéké, également députée LFI, est apparue dans l'hémicycle vêtue d'une tenue dont les couleurs rappelaient de manière évidente celles du drapeau palestinien, la présidente a aussitôt réagi : rappel à l'ordre avec inscription au procès-verbal, suspension de séance, et saisine du Bureau.
Et lorsque Thomas Portes, lui aussi député de la France insoumise, a proféré des propos jugés « menaçants et insultants » à l'encontre de collègues lors d'une séance des Questions au gouvernement, la Présidente n'a pas hésité : rappel à l'ordre avec inscription au procès-verbal, sanction lourde, publique et exemplaire.
Depuis 2022, plus de cent sanctions ont été prononcées sous sa présidence — un record inédit sous la Vᵉ République. Là où ses prédécesseurs prônaient la pondération, elle brandit le marteau comme un symbole d'autorité. Les gestes symboliques sont devenus des délits d'assemblée, les couleurs un motif de blâme, les expressions de conscience un désordre à réprimer. L'ordre règne : visuel, réglementaire, impeccable — mais souvent aveugle à l'essentiel.
Et pourtant, le silence est de mise quand les manquements au règlement de l'Assemblée Nationale impactent les harkis et leurs familles. Lors d'une réunion budgétaire en commission de la Défense dans l'une des salles de l'Assemblée nationale, un député — Abdelkader Lahmar, du groupe La France insoumise — a pu qualifier les harkis de "traîtres" sans qu'aucune réaction publique ne s'élève. Pas un mot. Pas une condamnation. Pas une prise de position officielle de la Présidente de l'Assemblée nationale.
Un silence glacial, presque politique.
D'un côté, la présidente prompte à rappeler le règlement au nom du respect de l'institution ; de l'autre, la présidente absente, muette, quand c'est la mémoire française qu'on piétine.
Comment admettre qu'un drapeau brandi quelques secondes vaille exclusion, tandis qu'une injure envers des anciens combattants français n'appelle ni condamnation publique, ni rappel à la dignité nationale ?
Français par le sang et par l'histoire
Ces harkis que l'on insulte, ce sont des Français par le sang et par l'histoire. Français par le sang, parce qu'ils ont combattu sous le même uniforme, versé le même sang, servi la même République.Français par l'histoire, parce qu'ils ont partagé le destin de la Nation, sa guerre, ses blessures, son oubli. Ils n'ont pas rejoint la France : ils l'ont servie. Ils ne l'ont pas trahie : elle les a abandonnés.
Et c'est au nom de cette fidélité silencieuse que leurs descendants, citoyens français à part entière, demandent aujourd'hui respect et dignité. Lorsqu'un député les qualifié de « traîtres », il n'insulte pas une catégorie, mais la Nation elle-même, celle qui leur avait promis fraternité et reconnaissance.
Quand la République se tait, elle consent
Le silence de la Présidente de l'Assemblée nationale face à de tels propos n'est pas neutre. C'est un choix. Un choix politique, un choix moral. Car dans la maison de la République, se taire face à l'injure revient à la laisser s'installer. On sanctionne les symboles, mais on tolère les offenses. On punit les gestes, mais on absout les insultes. On défend le règlement, mais on oublie la mémoire. Cette hiérarchie de l'indignation dit tout d'une République qui protège son image, mais néglige sa conscience.
Le poids d'un silence parlementaire
Madame Yaël Braun-Pivet, votre mission ne se limite pas à faire respecter les règles : elle consiste à garantir la dignité républicaine de tous les citoyens français, y compris — surtout — de ceux qui ont payé leur appartenance à la France de leur vie ou de leur exil.
Quand un député insulte les Harkis, il blesse l'histoire de la France. Quand vous ne réagissait pas, vous prolongez cette blessure. Vous qui savez brandir la fermeté pour un drapeau, pourquoi ne pas avoir brandi la parole pour un outrage à l'honneur ? Vous qui veillez sur le règlement, pourquoi ne pas avoir veillé aussi sur la mémoire ?
Il y a des silences qui apaisent, et d'autres qui condamnent.
Le vôtre condamne ! Et il révèle une vérité plus vaste : dans cette République, la mémoire des Français par le sang versé et par l'histoire est orpheline, même au cœur de l'Assemblée nationale. Le silence du pouvoir est toujours plus fort que la parole des oubliés. Et avec ce silence, Madame Braun-Pivet, c'est toute la France qui se tait.
Le 22 novembre prochain, la communauté harkie sera rassemblée devant l'Assemblée Nationale pour faire entendre à la représentation nationale et à sa présidente le bruit des oubliés, et faire taire votre silence !