Guerre d’Algérie : un député LFI estime que le «mot harki veut dire traître»
Article du Figaro le 30 octobre 2025
«Je suis fils de personnes assassinées par l'armée française, et probablement, des harkis y ont participé», a-t-il lancé en commission. Une rhétorique héritée du FLN et de décennies de rancune contre ceux qui, durant la guerre d'indépendance d'Algérie, ont choisi de soutenir l'armée française.
«N'utilisez pas le mot harki parce qu'il veut dire traître». Mercredi 29 octobre, lors d'une séance de la commission de la défense, le député LFI franco-algérien Abdelkader Lahmar (LFI) a repris une rhétorique héritée du FLN et de décennies de rancune contre ceux qui, durant la guerre d'indépendance d'Algérie, avaient choisi de soutenir l'armée française. Une séquence qui n'a pas échappé à Thibaut Monnier, député apparenté au RN qui siège dans la même commission que son homologue insoumis.

«Supplétif de l'armée française»
« Ils ne nous épargneront rien», a écrit Thibaut Monnier sur son compte X, vidéo à l'appui. L'extrait, d'une durée de 10 secondes, est tiré d'une séance de la commission de défense qui examinait les avis budgétaires sur le projet de loi de finances pour 2026. Porté par la députée Michèle Martinez, un amendement du RN proposait d'ouvrir la voie à la création d'une fondation autonome pour la mémoire des harkis.
Une proposition guère au goût d'Abdelkader Lahmar : «Je suis fils de personnes assassinées par l'armée française, et probablement, des harkis y ont participé», a-t-il lancé aux députés. «Si vraiment vous voulez les respecter n'utilisez pas le mot harki parce qu'il veut dire "traître". Utilisez plutôt "supplétif de l'armée française"», a-t-il achevé.
Mémoire des harkis
À l'origine, le mot «harki» n'a rien de péjoratif, il est un dérivé de l'arabe «harka» qui signifie mouvement. Il est utilisé au sens de «groupe mobile» pour qualifier les auxiliaires musulmans de statut civil qui furent rattachés aux unités militaires françaises en Algérie française. Après les accords d'Évian, qui actèrent l'indépendance de l'Algérie, des dizaines de milliers de harkis abandonnés furent massacrés sous l'impulsion du Front de libération nationale algérien (FLN).
Depuis, un glissement sémantique s'est opéré et le mot «harki» a pris un sens péjoratif en Algérie, synonyme de traître à la nation. « Le député de la France islamiste Abdelkader Lahmar emploie le même vocabulaire que le FLN et insulte la mémoire des harkis en commission Défense de l'Assemblée nationale», s'est indigné Thibaut Monnier.
«L'histoire entre la France et l'Algérie a été remplie de crimes, de souffrances et de guerres», a ajouté Abdelkader Lahmar ce jeudi lors d'une prise de parole à l'Assemblée nationale, alors que les députés ont adopté une proposition de résolution du Rassemblement national visant à «dénoncer» l'accord franco-algérien de 1968. Un texte que le député a qualifié de «raciste» et de «haineux».