Cimetière du camp de Rivesaltes : des familles de harkis se constituent partie civile

11/12/2025

C'est une nouvelle étape dans le combat judiciaire des descendants de harkis parqués dans le camp de Rivesaltes, où 146 personnes sont mortes en 1962 et 1965 (dont 101 enfants) : 60 dépouilles n'ont jamais été retrouvées, dont celles de 52 bébés. Une plainte vient d'être déposée.

Une plainte avec constitution de parties civiles pour "violation de sépulture", accompagnée d'"atteinte à l'intégrité d'un cadavre" ainsi que de "recel de cadavre" a été déposée auprès du parquet de Perpignan par des familles du camp de harkis de Rivesaltes, dans les Pyrénées-Orientales. Les familles de harkis se battent pour comprendre dans quelles conditions certains corps de victimes ont été exhumés et déplacés du cimetière du camp en 1986, sans qu'aucune d'entre elles n'en soit informée. Elles demandent désormais la désignation d'un juge d'instruction, en se constituant parties civiles. La précédente plainte, déposée au mois de mai, est restée sans réponse du parquet de Perpignan.

"On est sur des faits qui sont très anciens et qui vont nécessiter des investigations complexes", souligne leur avocat maître Antoine Ory. "Cela permettra aux parties civiles de participer à l'enquête, de faire des demandes d'expertise ADN, des demandes d'actes et d'auditions."

Au total, quatre caisses d'ossements ont été retrouvées en début d'année sur le site de Rivesaltes, sans qu'ils ne puissent être individuellement identifiés pour l'instant.

"On n'a jamais su où la petite a été enterrée"

Les parents de Jeannot Lamiri, un des plaignants, ont vécu dans ce camp de Rivesaltes entre le 9 août 1962 et le 16 janvier 1963. Sa sœur, Fatouma Lamiri, y est morte le 3 octobre 1962 dans les bras de sa mère en prenant le sein. Pour Jeannot Lamiri, cette nouvelle plainte avec constitution de parties civiles est un moyen de retrouver son honneur : il veut se battre "pour la mémoire de ces petits, la mémoire de nos parents", explique-t-il. "Ce sont deux militaires qui ont pris la petite [des bras de sa mère]. On n'a jamais su où elle a été enterrée. C'est d'une extrême violence."

En apprenant qu'il y avait eu un cimetière et que les dépouilles avaient été déplacées en secret en 1986 par les services de l'État lors de la cession du terrain, Jeannot Lamiri s'est senti trahi. Il y a "une cinquantaine de petits qui ont été déterrés à la sauvette par des services de l'Etat", dénonce-t-il. "Comment peut-on se regarder dans une glace et se dire, on va faire cela vite fait, en cachette ? Ils ont des registres", grâce auxquelles ils pouvaient "joindre toutes les familles", estime-t-il.

Son père s'est donné la mort "le 22 avril 1979 à la suite de ces événements tragiques", peut-on lire dans la plainte. Entre 1962 et 1965, près de 22 000 harkis et membres de leurs familles ont transité par le camp Joffre de Rivesaltes après l'indépendance de l'Algérie.

___

Rédaction de France Inter : cliquez